Utilité et pollution marginale

Dans le monde de l’homo economicus, homme rationnel, la logique d’une action, qu’elle soit de consommation, de travail et même de loisir, réponds à l’utilité marginale. Autrement dit, avant de faire quelque chose l’homo economicus en mesure le coût et « la satisfaction » qu’il va en retirer.

Dans ce monde rationnel, on pourrait imaginer que l’utilisation de ressources non renouvelables et la pollution soit pris en compte.

Ce n’est manifestement pas le cas. Pour quelles raisons ? Soit l’homo economicus a raison de ne pas prendre en compte la pollution car individuellement il n’en subit pas les conséquences désastreuses. Soit il a bel et bien tord de ne pas considérer les externalités négatives, sa rationalité étant faussée par la préférence pour le court terme. Enfin, les externalités négatives sont un cas évident de situation de passager clandestin où chacun a intérêt à ne pas faire les efforts soit même tout en bénéficiant des efforts des autres.

l’homo economicus n’a pas d’enfants !

En fait, il ne résonne que pour lui-même sans mesurer les conséquences futures (bien que matérielles et quantifiables donc pouvant être prises en compte par l’analyse économique). Après moi le déluge donc ! Il me semble que dés le début notre homo economicus n’est pas très réaliste car dans le monde réel, la plupart des gens place l’intérêt de leurs enfants avant le leur. En fait, je pense que la plupart des gens donnerait leur vie sans hésiter pour sauver la vie de leur enfant, ce qui n’est pas rationnel pour un être purement égoïste qui placerait sa propre préservation en priorité.

Les failles de la notion même d’homo economicus étant abordé, nous allons justement nous atteler à développer un raisonnement de type homo economicus.

Rationalisation du rapport entre pollution marginal et utilité marginal

L’homo economicus a un impact environnemental de multiples manières : via son alimentation, son logement et sa consommation d’énergie fossile. Nous nous focaliserons dans cet article sur la consommation d’énergie fossile car elle est la cause de l’augmentation de la concentration du carbone dans l’atmosphère qui engendre elle-même un cercle vicieux de réchauffement climatique.

La mesure de cette consommation d’énergie fossile est connue sous le nom de « bilan carbone ». Une notion dont nous sommes désormais familier même si l’immense majorité d’entre nous serait bien à la peine de calculer son bilan carbone.

Afin de combler cette lacune dans mon cas personnel, j’ai décidé de calculer le bilan carbone de ma famille pour l’année 2018.

Habitants de la région parisienne, nous utilisons peu notre voiture : à peine 1 plein tous les 2 mois soit 6 pleins de 60 litres par an : 6 x 60 = 360 litres de carburants. Nous utilisons les transports en communs pour les trajets domiciles travail en région parisienne. Pour le travail, je me déplace en province 2 fois par mois en train, je retiens une distance moyenne de 300km A/R (bien sûr un vrai bilan carbone utiliserait uniquement les trajets réels).

Nous chauffons notre maison avec une chaudière à granulés de bois : 3 Tonnes cette année là. Il y a débat pour savoir s’il faut rentrer cette consommation dans notre bilan carbone. D’un coté le bois rejette bien du carbone dans l’atmosphère durant sa combustion, d’un autre coté un arbre mettra 100 ans à pousser alors que les carburants fossiles ont mis des centaines de millions d’années à se former. Seul le carbone qui aura été préalablement capté lors de la pousse de l’arbre pourra être rejeté dans l’atmosphère : le bois est renouvelable. Néanmoins, le bilan carbone ne pourra pas être neutre car de l’énergie a bien été consommé pour la fabrication des granulés (séchage, presse) et pour le transport (camion souffleur semblable à ce qui existe pour le fuel). J’ai eu beaucoup de mal à trouver des données sur les émissions de CO2 des granulés, j’ai donc décide d’appliquer un forfait à 1 tonne de carbone.

Enfin, cette année là nous avons décidé de faire un voyage à Lisbonne avec nos 2 enfants. Le billet nous a semblé abordable, à 200€ aller / retour par personne, soit 800€ pour 4. Peu cher comparé au 1600€ payé pour 2 semaines de location d’un appartement. Néanmoins, le prix économique (en euros) est faible par rapport au prix écologique (en tonne de carbone).

Cette escapade lisboète a représenté 2,8 tonne de carbone soit plus de la moitié de nos émissions de CO2 annuelles.

C’est là qu’a germé dans mon esprit l’idée de comparer l’impact de l’impact carbone marginal de ces vacances sur notre consommation annuel de carbone à l’utilité marginal que ces vacances nous ont apporté.

La mesure de l’impact marginal est aisée, le calcul me semble fiable. Par contre, la mesure de l’utilité marginale est sans conteste beaucoup plus subjective.

Que ce serait-il passé si un régime « éco-fasciste » nous avait interdit de prendre l’avion au nom de l’intérêt supérieur des générations futures ? C’est bien sûr une question complètement théorique car nous serons dans le monde de Mad Max bien avant que le mode de vie des américains devienne négociable.

Et bien je suppose que nous serions partie en vacances quand même. Soit en Normandie, soit dans la région de Nîmes. Retenons l’hypothèse de Nîmes car elle est moins favorable. Notre consommation aurait alors été de 4 pleins de 60 litres soit 240 litres.

Dans cette hypothèse, notre consommation annuelle aurait été d’environs 3 tonnes de Co2 contre 4,9 tonnes de Co2 avec le voyage à Lisbonne. Cela représente une baisse de 37,5 %.

Nous aurions aussi pu allez quand même à Lisbonne, mais en train, pour une consommation estimée de 0,24 T de Co21. Nous allons quand même a Lisbonne mais le voyage est plus long ; 20h au mieux.

Pour dérouler mon raisonnement jusqu’au bout, je pars du postulat que Lisbonne est bien mieux que Nîmes : un autre pays, une autre culture, une gastronomie différente, le dépaysement, l’ouverture d’esprit. C’est clairement mieux. D’autant plus que Nîmes c’est chez mes parents. Sympa mais un peu répétitif.

Donc, Lisbonne m’apporte une utilité marginale bien plus importante, que je vais essayer de quantifier. Je vais partir du principe que Lisbonne est 3 fois mieux que Nîmes, oui, 3 fois.

Cependant, les vacances ne durent que 2 semaines, soit, en arrondissant par simplification, 1/24 ème de l’année. Donc, mon utilité marginale a été multiplié par 3, mais seulement durant 1/24 ème de l’année. Sur ces bases mon utilité annuelle a été amélioré de 8,3% ( (23+3)/24 -1).

Hors, mon bilan carbone a augmenté de 60 %, bien plus que mon utilité marginale.

J’en conclu donc que je pourrais diminuer grandement mon impacte carbone en ne partant plus en avion à Lisbonne avec un impact bien moindre que proportionnel sur mon utilité marginale.

Les gens sont prêts, ils attendent juste que le gouvernement les oblige !!

Calcul du bilan carbone annuel Bilan carbone avec hypothèse Nîmes
37 Total transport en commun 0,75 % 37 Total transport en commun 0,75 %
96 Total train 1,96 % 96 Total train 1,96 %
1 000 Chauffage 20,43 % 1 000 Chauffage 20,43 %
961 Voiture 19,64 % 961 Voiture 19,64 %
2 800 Avion Paris Lisbonne 57,22 % 961 Voiture si Nîmes 19,64 %
4 894 Total 100,00 % 3 055 Total 62,43 %
60,19 % de plus qu’avec hypothèse Nïmes -37,57 % de moins que la réalité

1Calcul que je n’ai pas réussi à trouver sur internet. Par défaut : 2000 km x 15 grammes de Co2/km x 2 (c’est un A/R) x 4 personnes /1000 /1000 = 0,24 T de Co2. J’ai retenu 15gr / km de manière arbitraire.